Les défis de l’heure

Le syndicalisme sous attaque

La période du gouvernement Harris, de 1995 à 2003, a constitué une épreuve de force pour l’AEFO et l’ensemble des syndicats ontariens. Ces luttes ont laissé bien des séquelles.

Dix ans plus tard, les acquis syndicaux demeurent fragiles. Plus que jamais, la volonté de nombreux gouvernements d’instaurer des politiques qui remettent en question le filet de sécurité sociale par l’abolition des programmes sociaux et la dérèglementation dans l’économie de marché suscite beaucoup d’inquiétudes dans le monde syndical.

Le taux de syndicalisation diminue de façon graduelle au Canada depuis plusieurs années. En 2012, le taux en Ontario s’établissait à 28,2 %, le deuxième plus faible au pays après l’Alberta, et sous la moyenne nationale de 31,2 %. Au fédéral comme au provincial, le parti conservateur préconise des mesures qui affaibliraient les syndicats, y compris l’abolition de la formule Rand qui oblige toutes les travailleuses et tous les travailleurs d’un milieu de travail syndiqué à verser une cotisation au syndicat. 

En Ontario, après presque 10 ans de politiques favorables à l’éducation et de relations harmonieuses avec les syndicats enseignants, le gouvernement libéral de Dalton McGuinty a imposé, en 2012, des mesures d’austérité au secteur public et parapublic dans le but de réduire les dépenses de l’État pendant une période économique difficile. Des mesures qui érodent les droits syndicaux et qui ne sont pas sans rappeler les années Harris.

Au moment où l’AEFO fête ses 75 ans d’existence, de nouvelles luttes s’annoncent pour conserver les acquis obtenus au fil des ans.

Les négociations de 2014 en éducation

Les conventions collectives de tous les membres de l’AEFO à l’emploi des conseils scolaires viendront à échéance le 31 août 2014. Les préparatifs sont déjà entamés pour ces négociations qui s’annoncent difficiles, compte tenu d’une économie qui tourne encore au ralenti.

L’AEFO s’intéresse de près au projet de loi qui fixera un nouveau cadre pour les négociations contractuelles avec le souci qu’il permette aux syndicats enseignants d’exercer pleinement leur droit à la libre négociation.

La perspective d’une élection hâtive advenant la chute du gouvernement libéral minoritaire de Kathleen Wynne crée une incertitude additionnelle.

La qualité des services aux membres

Au cours des dernières années, l’AEFO a pris plusieurs mesures dans le but d’améliorer la qualité des services qu’elle offre à ses membres, particulièrement dans le domaine des relations de travail. Elle mise entre autres sur une formation accrue et plus uniforme des déléguées syndicales et des délégués syndicaux, sur un programme de formation plus rigoureux pour les agentes et les agents, et sur l’uniformisation de plusieurs processus. Le défi sera de maintenir cette lancée.

Négociation et gestion des conventions collectives

Des débuts timides

À ses débuts en 1939, l’AEFO poursuit essentiellement des objectifs de nature pédagogique. Même si en 1945 elle se fixe comme objectif « secondaire » d’améliorer « la situation matérielle de ses membres », l’AEFO se contente d’inciter ses membres à faire reconnaître par leurs commissions scolaires l’échelle de salaires qu’elle préconise et d’envoyer des lettres de « félicitations » aux commissions scolaires qui accordent des augmentations à leur personnel enseignant.

procedure revendications des salairesC’est au congrès de 1952, suite à la démission en bloc des enseignantes et des enseignants de Sudbury, que l’AEFO annonce que désormais les membres pourront compter sur leur association dans la négociation d’une échelle de salaires avec leurs commissions scolaires respectives. En outre, elle décide de travailler de concert avec l’Ontario English Catholic Teachers’ Association (OECTA) pour fixer une échelle de salaires commune dans les endroits où les membres des deux associations enseignantes travaillent pour une même commission scolaire.

En 1954, on inclut dans les constitutions une section traitant de la procédure à suivre dans les cas de revendications salariales. La tâche de négocier incombe toutefois aux unités à l’échelon local.

Surtout, pas question de mesurer les heures de travail, ce qui amènerait à considérer la profession enseignante comme un métier. Comme c’est le sentiment général à l’époque, l’AEFO considère l’enseignement comme une « noble profession » qui exige  « loyauté et dévouement ».

Extrait du procès-verbal d’une réunion de l’AEFO tenue à Timmins, le 12 février 1955

Les heures de travail des hommes de profession ne peuvent être déterminées par un code de lois qui feraient d’eux des hommes de métier. Il serait difficile de dresser une liste de devoirs professionnels et de travaux non professionnels d’autre part. Préciser et déterminer par des textes de loi dans ce domaine pourrait avoir comme résultats :

  1. de restreindre le dévouement de ceux qui ne mesurent pas le travail au salaire;
  2. d’obtenir de moins en moins de ceux qui ne sont pas portés au dévouement.

Négocier : un rôle partagé

Pendant longtemps, la responsabilité de négocier les conventions collectives relève exclusivement, ou presque, des unités. C’est que la Loi sur les relations de travail en éducation prévoit que les négociations se déroulent strictement à l’échelon local.

bilan negociations sudburychanson negociations sudburycaricature 23 avril 1987Des exemples de documents produits dans le cadre des négociations par une unité de l’AEFO à Sudbury : un bilan et une chanson pour rallier les troupes.

Suite à l’obtention du droit de grève en 1975, les choses commencent à changer. L’AEFO forme alors un comité sur les relations de travail. Elle organise des ateliers provinciaux et locaux pour préparer ses membres à la négociation et demande à son secrétaire général de consacrer la majeure partie de son temps à la négociation.

Elle crée aussi le Bureau de consultation en négociations (BCN) qui, pendant longtemps, jouera un rôle capital pour établir les priorités de l’AEFO en matière de revendications contractuelles.

C’est à cette période également que l’AEFO décide d’utiliser sa caisse de réserve tout spécialement pour appuyer les revendications salariales, l’amélioration des conditions de travail et la défense de droits de ses membres. Cette transformation se confirme en 1978 quand l’AEFO redéfinit ses buts pour accorder la priorité à la protection et la sécurité de ses membres.

greve timmins 2003À partir de ce moment, le bureau provincial joue un rôle de plus en plus important pour la préparation des négociations et le soutien aux équipes des unités. Il appuie aussi activement les unités qui se trouvent en situation de grève. Dans la majorité des unités toutefois, les équipes de négociation continuent d’être composées exclusivement d’enseignantes et d’enseignants bénévoles.

La création des conseils scolaires de langue française en 1997, et la réduction subséquente du nombre d’unités de l’AEFO (de 111 à 12), renforce encore davantage le rôle du bureau provincial dans les relations de travail. Le changement entraîne aussi la professionnalisation des fonctions liées à la négociation et la gestion des conventions collectives.

Les comités de négociation locaux sont appuyés par des personnes rémunérées par l’AEFO au sein des unités, avec le soutien du personnel en relations de travail du bureau provincial.

Peu après leur création, les conseils scolaires de langue française commencent à se concerter en ce qui touche les négociations collectives. L’AEFO doit composer avec cette nouvelle réalité. Elle organise les premiers sondages provinciaux en négociation dans le but d’identifier des revendications communes. Elle offre aussi une formation plus avancée à ses équipes de négociation, pour se préparer à participer à un processus de négociation centralisée.

journee noire 13 fevrier 2004La lutte pour la parité salariale

Pendant toute l’année 2004, l’AEFO mène une véritable offensive en prévision de l’échéance des conventions collectives le 31 août de cette année. Objectif : rétablir la parité salariale entre le personnel des écoles de langue française et celui des écoles de langue anglaise. Un écart important s’était en effet creusé lors des négociations précédentes, les conseils scolaires de langue française ayant refusé de rouvrir les conventions collectives qui venaient d’être signées pour que leur personnel puisse bénéficier des fonds additionnels consentis tardivement par legouvernement conservateur. L’objectif sera atteint pour les conventions collectives 2004-2008.

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manifestation 15 mai 2004 sud ouest catholiquemanifestation 15 mai 2004 nord ouest publiquemanifestation 15 mai 2004 centre-est catholique

Le 15 mai 2004, quelque 2 000 membres de l’AEFO descendent dans la rue dans diverses villes de la province pour manifester leur mécontentement d’être moins bien payés que leurs homologues anglophones. Leur slogan : « Enseigner à rabais, plus jamais! »

De nouveaux défis

equipe de negociation unite 202À partir de 2004, l’adhésion à l’AEFO de groupes de personnel professionnel, administratif et de soutien et de travailleuses et travailleurs d’autres établissements de langue française crée de nouvelles exigences.

Le personnel de l’AEFO doit se familiariser avec les besoins particuliers de membres qui ne sont pas des enseignantes et des enseignants, ainsi qu’avec des conventions collectives passablement différentes. À la base toutefois, le travail demeure le même : négocier les meilleures conditions possibles pour ses membres et s’assurer ensuite que les conventions collectives soient respectées par l’employeur.

Vers des négociations provinciales en éducation?

Pendant 20 ans, suite à l’adoption en 1975 de la Loi sur les relations de travail en éducation, les négociations dans le secteur scolaire se sont faites uniquement à l’échelon local. Chaque conseil scolaire négociait avec les syndicats qui représentent ses divers groupes de personnel.

Le gouvernement Harris apporte les premiers changements en 1996, en plaçant les négociations du secteur scolaire sous la Loi sur les relations de travail de l’Ontario. À ce même moment, il retire aux conseils scolaires le droit de percevoir une taxe scolaire. Dorénavant, le financement de l’éducation est entièrement alloué par la province, ce qui limite la marge de manœuvre des conseils scolaires lors des négociations. 

La création des conseils scolaires de langue française en 1997 entraîne la tenue, dès l’année suivante, de négociations centralisées entre l’AEFO et les 12 conseils scolaires.

rencontre de preparation pour negociations 2008Le gouvernement libéral de Dalton McGuinty modifie la façon de négocier, sans toutefois modifier la Loi qui prévoit toujours des négociations strictement à l’échelon local. D’abord en 2005, puis en 2008, des Tables provinciales de négociation réunissent des représentantes et représentants de l’AEFO, des conseils scolaires et du gouvernement. Les négociations à ces Tables tripartites servent à établir des paramètres communs touchant les salaires et certaines conditions de travail. La négociation se poursuit ensuite à l’échelon local.

En 2008, ce processus de négociation, permet d’obtenir des augmentations salariales de plus de 12 % sur quatre ans pour le personnel scolaire, le gouvernement ayant indiqué son intention de financer de telles hausses pendant les discussions à la Table provinciale.

preparation negociations toronto fevrier 2012Il en va tout autrement lors des négociations de 2012. Cette fois, le gouvernement convoque les parties à une Table provinciale en indiquant au départ son intention de geler les salaires et de modifier le régime des congés de maladie. Après des mois de négociations pénibles, l’AEFO conclut une entente, mais seulement avec le gouvernement provincial. Par la suite le gouvernement impose cette entente aux conseils scolaires. Du jamais vu!

Force est de constater que, depuis 2005, les négociations en éducation ont tranquillement pris l’allure de négociations provinciales telles qu’on les connaît dans plusieurs provinces canadiennes, notamment au Québec et au Nouveau-Brunswick. Toutefois, cette nouvelle façon de faire n’est pas inscrite dans la Loi.

Les syndicats d'enseignement, dont l’AEFO, ont donc exigé que le processus de négociation soit précisé et officialisé avant le début des prochaines négociations en 2014. Le gouvernement a déposé en octobre 2013 le projet de loi 122 dont l’objectif était de fixer un nouveau cadre pour les négociations du personnel scolaire. 

Le projet de loi 122 a été adopté en avril 2014. 

La période McGuinty

Une nouvelle ère

Après huit années tumultueuses sous le gouvernement conservateur de Mike Harris, l’arrivée au pouvoir du gouvernement libéral de Dalton McGuinty, en octobre 2003, signale le début d’une période de rapports plus harmonieux entre les syndicats enseignants et le gouvernement.

Élu grâce en partie au soutien actif des syndicats enseignants et soucieux de faire de l’éducation une des pierres angulaires de l’Ontario du futur, le premier ministre McGuinty prend rapidement plusieurs mesures pour renverser les réformes du gouvernement Harris, appuyer l’éducation et rétablir les ponts avec les syndicats. Plus encore, il crée de nombreux forums de consultation en éducation auxquels participe l’AEFO.

Le gouvernement McGuinty agit également en faveur de la communauté franco-ontarienne, entre autres en accordant une autonomie longtemps réclamée à TFO (un dossier dont l’AEFO assume le leadership), et en créant le poste de Commissaire aux services en français de l’Ontario.

D'autre part, l’AEFO continue d’intervenir auprès du gouvernement pour défendre les intérêts de ces membres. C’est ainsi qu’elle obtient, par exemple, la réduction du nombre de bulletins de rendement des élèves à l’élémentaire. Elle amène aussi le gouvernement à ralentir le rythme de ses nouvelles initiatives pédagogiques devenu essoufflant pour les enseignantes et enseignants à qui il revient de les mettre en œuvre.

Malgré ses efforts répétés, le syndicat ne réussit toutefois pas à infléchir la volonté du gouvernement de maintenir les tests standardisés et de mettre en vigueur le Programme d’apprentissage pour les jeunes enfants (PAJE) bien que les programmes de maternelles et de jardins d’enfants déjà offerts dans les écoles de langue française aient fait leurs preuves. Bref, l’harmonie n’est pas totale, mais le dialogue est constant.

La paix est rompue

La période de stabilité et de paix en éducation qui marque les huit premières années du gouvernement McGuinty commence à s’étioler à partir de 2011. Aux prises avec les séquelles de la récession de 2008 qui a durement touché le secteur manufacturier de l’Ontario, Dalton McGuinty fait de l’équilibre budgétaire sa priorité. Il signale aux syndicats sa volonté de réduire les dépenses dans les secteurs publics et parapublics, notamment en limitant les hausses de salaires.

extrait en bref 18 mai 2012Tel que rapporté dans l’En bref du 18 mai 2012, des membres de l’AEFO protestent devant le bureau du premier ministre Dalton McGuinty contre les mesures d’austérité proposées par son gouvernement.

En février 2012, le gouvernement convoque les syndicats enseignants et les conseils scolaires à une Table provinciale de négociation. Il fixe les paramètres financiers de la négociation, y compris un gel des salaires de deux ans, un gel de la progression sur la grille salariale et d’importantes modifications aux clauses touchant les congés de maladie. Les négociations se poursuivent sur plusieurs mois, mais devant l’intransigeance du gouvernement, l’AEFO quitte la Table provinciale en mai 2012.

Elle y revient finalement en juillet, lorsqu’il devient évident qu’à défaut d’une entente négociée, le gouvernement imposera ses conditions au personnel scolaire. En choisissant de négocier, l’AEFO obtient quelques adoucissements aux mesures proposées, entre autres le maintien de la progression sur la grille salariale pour les membres n’ayant pas atteint le maximum, ainsi que certaines améliorations non monétaires. Le gouvernement demeure toutefois intraitable en ce qui touche le gel des salaires de deux ans et le retrait temporaire du droit de grève.

Soumise au vote des membres, l’entente est ratifiée dans l’ensemble des unités.

Toutefois, les liens de confiance et de collaboration avec le gouvernement libéral sont rompus. Les mesures gouvernementales rappellent douloureusement l’époque Harris et de nouveau, les syndicats enseignants voient leurs acquis sociaux mis en péril par des politiques néolibérales.

unite est publique session ratification 2012unite est catholique aout 2012

Une action politique renouvelée

Le Comité d’organisation et d’orientation politique

caricature 22 fevrier 1980Le militantisme syndical n’est pas la seule voie empruntée par l’AEFO pour faire entendre sa voix et remporter les causes qu’elle défend. L’action politique constitue une autre stratégie.

En 1974, l’AEFO fonde le Comité d’organisation et d’orientation politique. Cette initiative vise à contrecarrer les mesures antisyndicales du gouvernement de l’époque et aussi à favoriser l’expansion de l’enseignement en français par une meilleure représentation francophone au sein des conseils municipaux et des conseils scolaires.

L’AEFO encourage ses unités à former des comités électoraux. Lors d’élections scolaires, municipales et provinciales, elle met à leur disposition des fonds pour réunir leurs membres afin de discuter des enjeux éducatifs et d’interpeler les candidates et les candidats sur les questions éducatives.

L’AEFO incite ses membres à voter pour les partis ou les individus favorables à l’éducation de langue française.

Une affiche produite par l’AEFO de Prescott-Russell incite les membres à s’intéresser aux élections scolaires.

Un programme de relations gouvernementales

comite executif aefo mai 1982Au fil des ans, l’AEFO entretient des rapports avec les principaux partis politiques provinciaux, les invitant à l’occasion à présenter leurs positions lors des congrès ou autres assemblées. L’AEFO établit aussi des liens étroits avec la ou le ministre et le ministère de l’Éducation pour faire entendre la voix des enseignantes et des enseignants franco-ontariens.

À partir des années 1980, le comité exécutif de l’AEFO organise annuellement une « rencontre au sommet » avec la ou le ministre de l’Éducation pour sensibiliser le pouvoir politique aux besoins du personnel enseignant et des élèves franco-ontariens. Elle invite aussi la ou le ministre de l’Éducation à prendre la parole devant l’ensemble des déléguées et délégués lors de l’assemblée annuelle (maintenant appelée congrès). L’AEFO maintient cette pratique même pendant les années mouvementées de la « Révolution du bon sens ».

Alors que d’autres syndicats enseignants retirent leurs invitations à la Ministre ou au Ministre dans des périodes difficiles, l’AEFO continue de les recevoir à son assemblée annuelle.

L’AEFO incite ses membres à voter aux élections du 3 juin 1999. L’Association espère la défaite du gouvernement conservateur de Mike Harris, mais ce dernier sera reporté au pouvoir pour un deuxième mandat.

Au congrès de mars 2000, la ministre conservatrice de l’Éducation, Janet Ecker, a droit aux critiques en règle des membres de l’AEFO.

Pendant la campagne électorale de 2003, l’AEFO fait part à ses membres de l’intention des conservateurs dirigés par Ernie Eves d’abolir le droit de grève des enseignantes et des enseignants s’ils sont reportés au pouvoir.

L’AEFO ouvre la porte à la politique partisane

Bien qu’elle soit active sur le plan politique, l’AEFO a comme ligne de conduite de ne pas faire de politique partisane. Elle ne peut donc se prononcer carrément pour ou contre le programme d’un parti politique ou inciter ses membres à voter pour ou contre un parti ou des candidates et candidats. Cette ligne de conduite s’avère difficile à respecter pendant les années au pouvoir des conservateurs sous Mike Harris.

Lors des campagnes électorales de 1999 et de 2003, il est en effet bien malaisé pour l’AEFO de ne pas inciter ses membres à défaire un gouvernement qui a fait tant de tort à la profession enseignante et à l’éducation ou pour répondre clairement aux questions des journalistes qui demandent si l’AEFO souhaite la défaite des conservateurs. 

En 2006, l’AEFO se donne donc une plus grande latitude pour intervenir sur le plan politique. Dorénavant, elle « doit informer ses membres et les inciter à une action concertée », ce qui lui permet, au besoin, de prendre position en faveur d’un parti ou de candidates et candidats particuliers. C’est toutefois une option qu’elle exercera avec retenue, en respectant toujours le droit de ses membres d’exercer librement leur droit de vote.

En 2008, l’AEFO se dote d’un comité provincial de consultation sur l’action politique dont le mandat est de :

  1. recommander au comité exécutif les actions à prendre dans le domaine de l’action politique y inclus dans le cadre des élections provinciales;
  2. recommander au comité exécutif le type de formation à offrir dans le domaine de l’action politique.

Une action politique plus musclée

extrait en bref 14 septembre 2007À partir de la campagne électorale de 2007, l’AEFO mène une action politique plus soutenue et travaille de concert avec les autres syndicats enseignants qui ont une plus longue tradition d’activisme politique en période électorale. Dans le cadre de cette campagne, elle publie un plan d’avenir pour l’éducation franco-ontarienne intitulé « Une école à notre image ».

Le document vise à faire connaître les revendications de l’AEFO à ses membres afin que ceux-ci interrogent les politiciennes et les politiciens sur la place publique sur leur programme en matière d’éducation de langue française et de services en français. Le document est largement distribué au sein des divers partis politiques, de même qu’auprès des intervenantes et intervenants du domaine de l’éducation, notamment les conseils scolaires.

L’AEFO incite aussi les responsables d’unité à s’engager activement dans la campagne électorale à l’échelon local, leur fournit de la formation et met à leur disposition des ressources financières et des outils.C’est l’occasion pour les membres d’exprimer devant la ou le Ministre et devant les médias, leurs préoccupations face à ce qu’ils vivent en salle de classe à cause des politiques gouvernementales.

congres extraordinaire toronto 2011 assembleeL’engagement politique de l’AEFO prend davantage d’ampleur pendant la campagne électorale de 2011. L’AEFO invite les trois principaux partis à prendre la parole au congrès spécial de mars 2011.

Elle offre, en collaboration avec l’Ontario English Catholic Teachers’ Association (OECTA), une session de formation politique à ses leaders provinciaux et locaux.

De concert avec les autres syndicats enseignants, elle identifie des candidates et candidats qui méritent un appui et fournit à ses unités des ressources financières pour leur permettre de travailler activement à les soutenir. L’AEFO distribue aussi un document mettant en lumière cinq enjeux qu’elle juge importants, notamment la question des services de santé mentale en français pour les enfants et les ados.

Lobbying 101

journee lobbying Queens park novembre 2010Vu l’importance croissante de son action politique, l’AEFO sent le besoin au début des années 2000 de retenir les services d’un consultant en relations gouvernementales pour l’appuyer dans ses démarches de lobbying à Queen’s Park. Des rencontres ont lieu régulièrement avec des députées et députés des trois partis et l’AEFO est représentée à diverses activités de nature politique.

En 2009 et 2010, l’AEFO donne l’occasion à ses dirigeantes et dirigeants provinciaux et locaux de s’initier au lobbying politique en organisant une « Journée de lobbying de l’AEFO » à Queens’ Park. Ces journées font connaître à bon nombre de politiciennes et de politiciens la position de l’AEFO sur divers enjeux qui touchent ses membres et la francophonie, tout en permettant aux dirigeantes et dirigeants de l’AEFO de mieux comprendre l’importance du rôle que joue le syndicat sur le plan politique.

Les années noires

Une période d’austérité

caricature 15 octobre 1982Au cours des années 1960 et 1970, les syndicats enseignants, dont l’AEFO, deviennent une force politique sur laquelle le gouvernement doit compter pour instaurer ses réformes éducatives. L’obtention du droit de grève des enseignantes et des enseignants, en 1975, reflète la montée de leur influence et de leur participation aux débats publics. Pendant cette période, les enseignantes et les enseignants enregistrent des gains salariaux importants, ainsi qu’une amélioration de leurs conditions de travail.

Toutefois, les deux décennies suivantes, soit les années 1980 et 1990, voient les principes de la justice et de la sécurité sociale remis en cause par certains gouvernements qui cherchent à rétablir la prospérité économique menacée, selon eux, par des dépenses publiques trop importantes. De nombreux gouvernements sabrent dans les programmes sociaux pour réduire la taille de l’État, rétablir l’équilibre budgétaire et diminuer les impôts.

À titre d’exemple, la Loi sur les restrictions salariales, adoptée en 1982, par le gouvernement conservateur de Bill Davis, cherche à limiter le droit de négociation, le droit au respect et à l’application intégrale des conventions collectives, le droit de grève et le droit à l’arbitrage volontaire. Elle impose aussi un plafond aux augmentations salariales.

protestation membres aefo decembre 1982Cette loi et d’autres du même genre soulèvent l’opposition des enseignantes et des enseignants qui partent en guerre contre le gouvernement et intentent des poursuites devant les tribunaux. De leur côté, les conseils scolaires, inspirés par ces mesures, tentent de renégocier les conventions collectives à la baisse citant le marasme économique, ce qui déclenche une série de grèves dans le monde enseignant.

  • Un texte publié dans l’En bref du 23 septembre 1982 en dit long sur l’opposition de l’AEFO à la Loi sur les restrictions salariales adoptée en 1982 par le gouvernement de Bill Davis.
  • Un tableau publié dans l’En bref du 23 septembre 1982 compare l’augmentation du coût de la vie à l’augmentation des salaires du personnel enseignant.
  • Le mot du président publié dans l’En bref du 10 décembre 1983 dénonce l’ingérence du gouvernement dans les négociations du personnel enseignant.

Le Contrat social

En avril 1993, le gouvernement néo-démocrate de Bob Rae, aux prises avec une récession et un déficit de 12 milliards de dollars, invite les syndicats et les employeurs à négocier une réduction de 2 milliards de dollars des coûts du secteur public. La réduction visée dans le secteur de l’éducation est de 520 millions de dollars.

Les négociations achoppent et les syndicats quittent la table le 3 juin 1993. Un mois plus tard, l’Assemblée législative adopte la Loi de 1993 sur le contrat social. Cette loi a pour objectif de renégocier les conventions collectives des employées et employés du secteur public. Elle impose un gel des salaires et, à défaut d’ententes négociées, impose plusieurs autres compressions dont 12 jours de travail sans salaire, rapidement surnommées les « Journées Rae » (Rae Days).

Dans l’En bref du 27 août 1993, l’AEFO dénonce les mesures du Contrat social imposé aux enseignantes et enseignants.

Les associations enseignantes retournent donc à la table de négociation avec le gouvernement. Elles réussissent à réduire le nombre de « Journées Rae » et à éviter des mises à pied massives.

Toutefois, le Contrat social laisse beaucoup d’amertume chez les plus jeunes enseignantes et enseignants dont bon nombre perdent pour deux ans les augmentations statutaires liées à l’expérience.

Le plus dur reste toutefois à venir.

La Révolution du bon sens

Élu en juin 1995 en promettant la « Révolution du bon sens », le gouvernement conservateur de Mike Harris frappe dur et très rapidement. Il coupe dans les services sociaux, sabre dans la santé, abroge de nombreuses lois progressistes notamment dans le domaine du travail, fusionne des municipalités et leur dévolue les coûts de nombreux programmes tels que le logement social et l’aide aux assistés sociaux. Des manifestations monstres, les « Days of Action » réunissant plusieurs secteurs de la société civile, ont lieu dans plusieurs villes de la province dès 1996. L’AEFO y participe, notamment le 26 octobre 1996, à Toronto.

Les membres de l’AEFO manifestent avec ceux d’autres syndicats et organismes contre les politiques du gouvernement Harris lors d’une « Journée d’action » tenue à North Bay, le 10 octobre 1997.

À partir de 1996, le gouvernement impose des compressions budgétaires draconiennes de deux milliards de dollars au secteur de l’éducation. Ces compressions touchent durement plusieurs programmes tels que l’enfance en difficulté, les arts, l’éducation physique, et bien d’autres.

On augmente la taille des classes, on congédie du personnel de soutien, on ferme les bibliothèques scolaires, on réduit l’entretien des écoles et le transport scolaire. Le gouvernement remet aussi en question les conventions collectives précédentes et cherche à limiter l’autonomie des enseignantes et des enseignants.

Une manifestation contre le gouvernement Harris réunit des membres de tous les syndicats enseignants à Toronto, le 26 septembre 1997.

L’affrontement avec le gouvernement est total et atteint son apogée à l’automne 1997 quand le gouvernement dépose le projet de loi 160, la Loi sur l’amélioration de la qualité de l’éducation. Cette loi démantèle la Loi 100 qui régit les relations de travail entre les conseils scolaires et les syndicats d’enseignants et définit le cadre légal des négociations collectives depuis 1975; les conditions d’enseignement et de travail des enseignantes et des enseignants relèvent dorénavant de la Loi sur les relations de travail. Le gouvernement s’attribue l’autorité de décider de la taille des classes, du temps d’enseignement et de préparation des cours, des taux de la taxe scolaire. Il permet l’embauche d’un personnel non qualifié dans certaines matières et cherche à rendre obligatoire la participation du personnel enseignant aux activités parascolaires. C’est une véritable déclaration de guerre.

L’AEFO dénonce l’abolition de la loi 100 qui régit les relations de travail en éducation depuis 1975.

Le 27 octobre 1997, 126 000 enseignantes et enseignants des écoles publiques et catholiques, de langue anglaise et de langue française, déclenchent une protestation provinciale contre les réformes Harris. Ils ont l’appui d’un grand nombre de directions et de directions adjointes. Après dix jours de l’un des plus importants arrêts de travail de l’histoire du Canada, les protestataires doivent rentrer au travail sans avoir réussi à faire fléchir un gouvernement intraitable.

C’est une période très dure pour les dirigeantes et dirigeants de l’AEFO. Bien des membres leur reprochent d’avoir abandonné la partie trop vite après leur avoir fait perdre deux semaines de salaire. Davantage en mesure d’évaluer l’inflexibilité du gouvernement, les leaders de l’AEFO jugent inutile de poursuivre la grève. La victoire réside dans le fait que l’opinion publique se range du côté des syndicats enseignants et s’inquiète des répercussions des décisions du gouvernement Harris sur la qualité de l’éducation.

Un conflit qui perdure

Pendant les années qui suivent, une véritable partie de bras de fer s’engage entre deux conceptions irréconciliables de l’éducation dans la société. D’un côté, le gouvernement conservateur qui souhaite réformer le système d’éducation, jugé dépassé, inefficace et dominé par les intérêts corporatistes des syndicats. De l’autre, les syndicats qui se considèrent comme les meilleurs représentants du personnel enseignant, des parents et des élèves pour défendre la qualité du système d’éducation face à un gouvernement idéologue qui cherche à réaliser un programme néolibéral et à se faire du capital politique sur le dos du mouvement syndical.

L’AEFO joint les rangs des autres syndicats enseignants ontariens dans la lutte contre le gouvernement Harris, notamment pour faire entendre la voix de la population franco-ontarienne et de ses écoles, dont les acquis récents paraissent menacés par les réformes brutales des conservateurs. En raison des défis à relever en milieu minoritaire et des coûts additionnels à assumer pour une clientèle scolaire peu nombreuse, éparpillée sur un vaste territoire et ayant des besoins particuliers, l’école franco-ontarienne est particulièrement vulnérable.

Les compressions budgétaires ne font que fragiliser davantage un système scolaire qui dispose de moins de ressources financières, matérielles et humaines que les écoles anglophones. Mieux pourvues, celles-ci peuvent davantage absorber le choc, offrir une gamme plus diversifiée de cours et d’activités parascolaires et se montrer plus compétitives que les écoles françaises.

D’ailleurs, l’une des revendications de l’AEFO est que le gouvernement tienne compte des défis à réaliser en milieu minoritaire dans son enveloppe budgétaire à l’intention des écoles de langue française.

L’autonomie professionnelle sous attaque

Pendant les huit années au pouvoir du gouvernement conservateur, l’AEFO mène une bataille de tous les instants. Elle met tout en œuvre pour contrecarrer les multiples réformes mal conçues que le gouvernement s’entête à imposer sans aucune consultation.

Deux mesures qui portent atteinte à l’autonomie professionnelle des enseignantes et des enseignants mobilisent de façon plus particulière l’AEFO et ses membres : la participation obligatoire aux activités parascolaires et l’imposition d’un processus de renouvellement de la certification enseignante.

Quelques jours plus tard, la présidente de l’AEFO, Lise Routhier Boudreau, renchérit. « M. Harris est tombé sur la tête » soutient-elle. Les syndicats enseignants font front commun et organisent de nouvelles manifestations.

Dans un mémoire présenté en février 2001, l’AEFO s’oppose à la participation obligatoire des enseignantes et des enseignants aux activités parascolaires et reproche au gouvernement son attitude dénigrante à l’endroit de la profession enseignante. Bien qu’adoptée, la mesure ne sera jamais mise en vigueur.

Un an plus tard, en juin 2001, l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario met en place, conformément aux directives du gouvernement, un processus de renouvellement de la certification enseignante. Pour maintenir leur carte de compétence, les enseignantes et les enseignants devront désormais compléter, tous les cinq ans, une série de 14 formations obligatoires fixées par l’Ordre.

L’AEFO s’objecte vigoureusement à ce que les enseignantes et les enseignants ne soient plus maîtres de leur perfectionnement professionnel. Elle lance un appel au boycottage du processus de certification et reçoit un appui massif des membres qu’elle consulte au moyen d’un référendum. L’objectif est de mettre du sable dans l’engrenage du processus de certification obligatoire. Peu après son élection en 2003, le gouvernement libéral de Dalton McGuinty abolit le programme de certification.

Une profession bafouée

Non content de bouleverser le système d’éducation par ses réformes, le gouvernement de Mike Harris ne rate pas une occasion de dénigrer le personnel enseignant. Nombreuses sont les déclarations de ministres et les publicités dans les journaux qui véhiculent un message voulant que les enseignantes et les enseignants soient grassement payés alors que leurs journées de travail sont courtes et leurs congés longs et nombreux.

Lorsque s’amorce la campagne électorale à l’automne 2003, la profession enseignante est profondément démoralisée. Les syndicats enseignants sont plus déterminés que jamais à empêcher la réélection des conservateurs. Le 2 octobre 2003, le Parti libéral de Dalton McGuinty entrait au pouvoir.

Au moins 51 heures par semaine
Pour contrer le message du gouvernement voulant que les enseignantes et les enseignants soient trop payés pour ne faire que quelques heures de travail par jour, l’AEFO fait réaliser, en mars 2000, une étude sur la charge de travail de ses membres. L’étude conclue que les membres de l’AEFO travaillent en moyenne un peu plus de 51 heures par semaine.

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